Durée: 1h15 + making of (14 min)
Genre : Ultracheapwoman
Réalisateur: Takai Arai
Avec: Yui Asahina, Eiichi Kikuchi, Kazuo Yagi
Fin 2004, un studio Japonais spécialisé dans le pastiche porno de super-héroïnes
japonaises et désireux de diversifier sa production fonde "Zen-Pictures" pour produire des films plus "grand public".
Parmi leurs toutes premières créations figurent trois kyodai (ce terme sera expliqué plus loin) : Assaultman (le seul
personnage principal masculin de la firme), Assaultkids Tetsuwan Luna (uniquement disponible en téléchargement payant sur
leur site) et Assaultlyser.
Le DVD Assaultlyser a d'ailleurs été conçu comme s'il s'agissait d'une série TV, puisque l'histoire est découpée en trois épisodes, avec génériques de début et de fin, et même un "eye-catch" (une image ou séquence annonçant une coupure pub). L'histoire de chaque "épisode" varie peu: un ou plusieurs monstres géants attaquent la ville, Assault, une organisation paramilitaire, tente de les combattre, ça rate et notre héroïne se transforme en géante pour exploser les monstres.
Au cas où vous vous demanderiez ce que "Assault" veut dire.
L'héroïne: Lisa, alias Assaultlyser (l'écriture japonaise de Lisa et de Lyser est pratiquement la même).
(Une amusante coïncidence: elle a des faux airs avec une des actrices de Ultraman Max, diffusé l'année suivante)
Son patron. (L'acteur a joué dans plusieurs séries "Ultraman")
Et son faire-valoir.
Pour combattre les monstres, Assault dispose d'avions en plastique...
...et de stock-shots de militaires.
Pas grand chose à dire sur le fond, donc; mais c'est sur la forme que les choses deviennent intéressantes. Tout d'abord, un
peu de vocabulaire: le "kyodai" (litt: géant) est un sous genre de super-héros japonais qui a le pouvoir de se transformer
en géant pour combattre des monstres, géants eux-aussi (les plus connus sont Ultraman (le premier et le plus populaire au
Japon) et Spectreman). Et donc, mettre en scène une "kyodai heroine" implique des effets spéciaux conséquents, incompatibles
avec un petit budget. BPE, auteurs de la célèbre Mighty Lady, ont contourné la difficulté en assumant pleinement leur manque
de moyen et en jouant la carte du système D: des costumes simples mais élaborés, des immeubles en carton, quelques voitures
Majorette, deux-trois incrustations simples mais efficaces et le tour est joué! Zen, au contraire, a préféré opté pour les
grands moyens.. et le plantage systématique! Car si BPE parvient facilement à endormir l'esprit critique du spectateur au
point que celui-ci finisse par faire abstraction du côté artisanal de leurs films; Zen, par des trucages trop ambitieux,
rend leur médiocrité tellement criarde qu'on finit par ne plus voir que ça.
Tout d'abord, les costumes. Si vous trouvez déjà le costume de l'héroïne cheap, sachez que ce n'est rien à côté du méchant
principal:
Si c'est un couturier Terrien qui a créé son costume, c'est normal qu'il nous en
veuille à mort.
Il en a d'ailleurs tellement honte qu'au début, il n'apparaît que comme ça.
Mais il a de gros moyens pour conquérir la Terre, comme cette escadrille de... de... de quoi, au juste?
Et bien sûr, une armée de craignos monsters.
Dont un gorille géant qui tient plus de GORGA que de KING KONG.
Mais tout ça n'est rien en comparaison des trucages utilisés pour rendre le gigantisme des personnages, car pourquoi
s'enquiquiner à construire des maquettes quand on peut incruster les monstres directement sur des prises de vues réelles?
Il suffit, pour masquer le raccord, de rajouter de la fumée en CGI.
Mais point trop n'en faut, quand même.
Ou alors, on superpose une autre prise de vue au premier plan,
au mépris des règles les plus élémentaires de la perspective et de l'urbanisme.
De temps en temps, on rajoute un figurant qui gesticule, comme ce personnage qui regarde le combat à sa fenêtre.
Fenêtre dont la vitre explose alors qu'on voit bien qu'elle est ouverte.
Du coup, le décor extérieur change.
Le fond vert se reflettant sur les parties argentées du costume de l'héroïne,
celle-ci acquiert la faculté de se fondre partiellement dans le décor.
L'ombre projetée sur le ciel, c'est pas mal non plus.
Des séquences de vol à rendre jaloux l'Homme-Puma.
Elle a piqué cette attaque à Ultraman.
Tous aux abris: elle sait pas viser, c'te conne!
Mais, me direz-vous, ils doivent bien se rattrapper sur les combats, non? Hélas, pour insister sur le gigantisme des
personnages, les combats sont filmés à deux à l'heure avec l'intensité d'un affrontement de koalas catcheurs dopés au
lexomil. De plus, non seulement certaines séquences sont réutilisées lors des différents combats, mais il n'est pas rare
qu'on nous repasse plusieurs fois la même scène lors du même combat!
Je n'ose imaginer qu'il puisse y avoir un symbolisme volontaire dans cette image.
L'équipe a du se dire: « Pour la scène ou le méchant projette l'héroïne au loin,
on va juste filmer l'héroïne à terre et rajouter un grand "BAOUM!" Ca devrait le faire, non?"
Dois-je préciser que non, ça le fait pas du tout?
Malgré ces trucages hallucinants (au mauvais sens du terme) et quelques scènes
surréalistes dont je préfère vous laisser la surprise, il y a quelque chose de touchant à voir les débuts balbutiants d'un
studio indépendant qui s'est rapidement imposé au Japon de par sa productivité exceptionnelle. Zen a d'ailleurs depuis
retaté du kyodai avec "Mariya", "Yuria" ou "Princellia", et ce, avec beaucoup plus de réussite. A voir comme un galop
d'essai, donc.